La fin de la guerre froide a eu un impact positif qui est difficilement perceptible depuis une capitale occidentale. La politique de la guerre froide, au même titre que le pétrole ou l’aide humanitaire mal orientée, était une force extérieure à laquelle les gouvernements africains pouvaient se soumettre sans en retirer quoi que ce soit pour leurs citoyens. C’est le souvenir qu’en a Sam Jonah, ex:PDG d’AngloGold Ashanti, la première société africaine à avoir été côté à Wall Street. Aujourd’hui, il siège au conseil d’administration de plusieurs entreprises publiques et est décrit par le magazine Forbes comme l’un des 20 hommes d’affaires les plus influents d’Afrique’.

Sam a grandi dans une ville minière du Ghana et a commencé sa carrière sous terre, comme ouvrier dans les mines qu’il allait plus tard diriger. Il ne mâche pas ses mots s’agissant de la guerre froide et du type de dirigeants qu’elle a engendré: « Regardez l’Angola. Regardez le Congo. Mobutu était une ordure, mais il restait au pouvoir parce qu’il était à la botte des Américains. Voilà ce qui se passait dans un camp comme dans l’autre partout sur le continent. »

Avec la chute de l’Union soviétique, le communisme a perdu son influence politique dans le monde. En Afrique, les États se sont diversement convertis à l’économie de marché. Pour reprendre les mots de Sam, « au moins, nous avons commencé à tous parler le même langage et à partir des mêmes présupposés ».

Aux yeux de Phuthuma Nhleko, la fin de la guerre froide a été un moment déterminant pour l’Afrique. Il met notamment en avant le fait que le déclin et la dislocation de l’Union soviétique ont donné à l’Afrique l’espace nécessaire à son développement, parallèlement à l’essor de la Chine et à l’accroissement de sa demande :

« Pour moi, il est évident que le principal déclencheur du tournant pris par l’Afrique et de son évolution positive de ces dernières années a été la fin de la guerre froide. Après la chute du mur de Berlin, personne n’était prêt à financer des gouvernements qui pouvaient avoir un programme franchement communiste. Les gouvernements africains se sont rendu compte que dans un monde unipolaire, ils étaient forcés d’en passer par les États-Unis et par l’Occident. Les gouvernements marxistes se sont retrouvés dans une situation peu enviable, où l’Occident était en droit de réclamer des réformes en échange de la moindre aide financière. Ces conditions exécrables ont eu le mérite de déclencher un sursaut d’orgueil chez les gouvernements africains et de les pousser à chercher leur autonomie et leur indépendance financière. »

Vimal Shah est un peu plus jeune que Phuthuma et Sam. Il a créé son entreprise alors que le changement qu’ils évoquent était déjà amorcé. Pour lui, il n’y avait pas d’autre possibilité d’évolution après le départ des « libérateurs ». Il m’en a parlé devant une tasse de thé, dans son bureau donnant sur l’Ouganda, où il est en train de planter des palmiers à huile sur 30 000 hectares :

« Aujourd’hui, tous les pays africains se réforment et grimpent les échelons du développement. Tous sont dans une démarche capitaliste; je ne vois plus de pays tournés vers le communisme. Il n’y a plus de disparités idéologiques. Nous parlons tous le même langage, sans compter que les politiques et les chefs d’entreprise d’aujourd’hui ont tous étudié dans les mêmes universités. »

Bharat Thakrar pense lui aussi que la jeunesse africaine s’éloignera de la violence et du militantisme. Bharat est le PDG de Scangroup, la plus grande entreprise de télécommunications en Afrique, qui travaille avec des multinationales du secteur comme WPP, Ogilvy, Hill & Nowlton ou Millward Brown. Sa vision de l’histoire est influencée par son travail avec des panels de jeunes consommateurs africains; il est convaincu que leurs ambitions sont le meilleur rempart contre les dictateurs à la Mobutu :

« À mon sens, une civilisation se construit à travers un certain nombre d’épreuves. Les Etats-Unis sont passés par une guerre civile, deux guerres mondiales, et plus récemment une attaque terroriste majeure. La Chine et l’Inde sont passées par des révolutions communistes, tout comme la Russie. L’Europe a connu deux guerres mondiales. Toute société humaine doit en passer par des points de rupture; pour l’Afrique, je pense que le grand tournant a été le post-colonialisme. Tous les pays du continent ont vécu un traumatisme à ce moment-là, dictateurs et guerres civiles inclus.

Alors, que signifie ce « réveil de l’Afrique » de nos jours ? Pour moi, il est à prendre au sens littéral : nous nous sommes réveillés. On est sortis de la galère et on peut regarder notre continent avec optimisme. Si vous parlez avec de jeunes consommateurs d’aujourd’hui, où que ce soit en Afrique (Nigeria, Mozambique, Angola), il y a chez eux une certaine fierté, et une vraie volonté de laisser derrière eux toutes ces dictatures politiques et miliciennes absurdes. C’est pourquoi les régimes se démocratisent et il n’y a plus de place pour les mouvements séparatistes militaires. Si vous demandez à un jeune Africain ce qu’il pense d’Al Shabaab ou de Boko Haram’, il vous répondra que ça ne mène à rien et qu’il ne va rien se passer. Les jeunes en ont assez de la violence politique.»

Beaucoup de PDG partagent l’optimisme de Bharat. Il y a des signes contradictoires, et le tableau est contrasté. La violence et l’instabilité persistent. L’indice de la paix dans le monde produit par l’Institut pour l’économie…

Ce texte est un extrait du livre « Ces Entreprises qui Réunissent En Afrique » écrit par JONATHAN BERMAN.

Nous vous invitons à lire l’article suivant « LE RÉVEIL D’UN CONTINENT« .

Voulez-vous avoir plus de ces livres gratuits? Rejoignez-nous

Comments (0)


Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Required fields are marked *