Comment ai-je su que la malédiction existait ? Je suis né dans une famille de Gnongnonsé, un groupe ethnique des mossé, totalement abonné aux fétiches. Ce groupe possède des pouvoirs surnaturels hors du commun et mes ancêtres sont des idolâtres. Ils ne croient pas en Dieu. Ma famille était sous la coupe de deux malédictions.

La malédiction ne vient pas ex-nihilo. Elle se greffe sur une situation. Il y a quatre cents ans de cela vivait dans notre famille un voleur. Lorsqu’il volait un mouton, une chèvre ou toute autre chose, la famille était obligée de rembourser au propriétaire l’objet ou l’animal volé. Excédée, la famille menaça qu’elle tuerait le voleur et l’enterrerait elle-même si celui-ci volait à nouveau. Lorsque le voleur récidiva, la famille mit sa menace à exécution. Les membres de la famille creusèrent sa tombe tandis qu’il allait et venait pour constater l’évolution de sa tombe tout en jouant de sa guitare traditionnelle. Lorsque la tombe fût achevée, six membres de la famille lui passèrent une corde autour du thorax et se mirent de part et d’autre, trois à trois, tirèrent sur la corde, brisèrent ses côtes, et, constatant sa mort, ils l’enterrèrent.

Le voleur et sa grande sœur étaient les deux seuls enfants de leur mère. Sa sœur ayant appris comment son frère avait été exécuté, réunit la famille et, montant sur la tombe de son petit frère, dit: «c’est parce que je suis une femme que vous avez tué mon frère. Il y a d’autres voleurs dans la famille mais vous ne les tuez pas. Je déclare la malédiction sur toute la famille.

Jusqu’à la fin des temps, je déclare que chaque année, à la même période où vous avez tué mon frère, quelqu’un de la famille mourra d’une mort violente.» Repartie chez elle, elle mourut également. Depuis ce jour, à chaque mois de décembre, un membre de notre famille meurt par accident. Imaginez donc l’hécatombe depuis que cette malédiction a été prononcée sur notre famille.

En 1982, un de mes grands frères, qui s’appelait Michel et qui travaillait dans une station de produits pétrolier à Abidjan était revenu au village pour ses congés. Il s’était acquis une motocyclette à la mode, appelée à l’époque «Nous les jeunes». Il n’utilisait pas l’essence vendue dans le village, car disait-il, l’essence du village abîmait les engins. Il allait acheter l’essence à Ouagadougou, à environ 45 kilomètres du village. Un jour de funérailles, Michel était revenu pour faire sa toilette aux a alentours de 19h00. Avant d’aller sous la douche, il s’était déshabillé, et portait uniquement sa culotte.

Il prit alors un bidon de quatre litres plein d’essence pour remplir le réservoir de son engin. Ne voyant pas très bien dans le noir, il se servit d’une lampe tempête pour s’éclairer. Au moment où il approcha la lampe de l’ouverture du réservoir, le bidon de quatre litres explosa et l’essence jaillit sur lui, et il fut pris dans les flammes. Il tomba au sol avec uniquement sa culotte encore sur lui. Le feu commença à le brûler par la tête.

Nous étions encore des enfants à l’époque. Nous prîmes des couvertures pour éteindre le feu. Mais chaque fois que nous frappions sur lui avec les couvertures, les flammes s’attisaient davantage. Le feu continua à le brûler jusqu’à s’éteindre, enlevant totalement sa peau. Transporté vers le dispensaire le plus proche, il mourût en chemin. Cela s’est passé à peu près 400 ans après la malédiction qui avait été prononcée. Ce que je vous dis n’est pas de la théorie. C’est du vécu; et cette histoire concerne mon propre grand frère.

Lorsque je commençais mon ministère, Dieu m’a fait grâce d’au moins sept dons de l’Esprit. Cependant, lorsque je priais ou lorsque quelqu’un d’autre priait pour moi, il apparaissait toujours en vision un esprit d’accident. Connaissant l’origine de cet esprit, cela ne m’étonnait guère. Je pouvais avoir là révélation que je ferai un accident tel jour, à tel heure et à tel endroit. Lorsque l’heure de l’accident approchait, l’esprit d’accident m’oppressait et m’amenait à me lever et à me diriger vers l’endroit prévu. Arrivé au lieu dit, l’accident se produisait.

Il m’est arrivé à une période de faire quatre accidents par jour. C’est d’ailleurs pour cela que mon bras gauche est faible. Je ne peux rien soulever avec ce bras. Je fais tout avec mon bras droit. Cinq jours après mon mariage, j’ai dit à mes proches que je ferai un accident tel jour à 15h 00 à un croisement. Ils m’ont dit que s’il en était ainsi de rester cloîtrer à la maison sans sortir. A quelques minutes de 15 heures, je me suis rendu au croisement en question. Un camarade est venu me trouver à cet endroit et nous étions en train d’échanger. Mon camarade repartit peu avant 15h.

Lorsque je voulus repartir, la chaîne de mon engin s’est brisée. Au moment où je me courbais pour constater la panne, surgit un motocycliste qui se dirigeait tout droit vers moi à vive allure. J’ai couru pour me mettre au bord de la route. Mais il m’a suivi à cet endroit et m’a cogné. Je suis tombé et mon épaule s’est fracturée.

J’ai le don de prophétie, le don de guérison, le don d’opérer des miracles, le don de discernement des esprits, le don de la parole de connaissance, le don du parler et d’interprétation des langues. Malgré tous ces dons, j’étais lié par un esprit de malédiction. Je ne pouvais pas continuer à subir quatre accidents par jour. Je finirais par en mourir disais-je. Certaines personnes diraient à ce moment que j’ai été tué par un sorcier alors qu’il s’agissait en fait des conséquences d’une malédiction familiale.

Il y a à peu près deux cents ans, notre ancêtre était le plus riche du village. A cette époque, les chefs et les rois brimaient les populations et retiraient souvent leurs animaux, leurs biens et autres avoirs de force. Notre ancêtre était découragé par ce comportement des chefs. Afin que ces derniers n’aient rien à retirer des biens dans notre famille, l’ancêtre prit un canari, le remplit de cauris, le ferma puis alla l’enterrer dans son champ. Il se mit au-dessus du canari enterré et déclara que, jusqu’à la fin des temps, aucun de ses descendants n’aura ni argent ni richesses quelconques car ceux-ci sont sources de problèmes.

La malédiction ne portait pas sur la procréation et la nourriture mais seulement sur l’argent et la prospérité. Cela signifiait que ses descendants ne pouvaient plus être riches sur le plan financier et matériel. Il cracha trois fois puis s’en alla. Depuis ce jour, notre famille est devenue la plus pauvre du village alors qu’avant la malédiction elle était la plus riche. C’était le revers de la médaille. Mon père dormait sur une natte de paille utilisée généralement pour les hangars. Lorsqu’il se levait le matin, on voyait les marques de la paille sur sa peau. Il n’avait pas de vélo. S’il était nécessaire qu’il se déplace à vélo, il était obligé d’aller l’emprunter. Il n’avait pas d’habits élégants. Lorsqu’il partait dans sa belle famille, il empruntait des habits avec ses amis.

En 1983, mon grand frère me convainquit que nous vaincrions la malédiction qui pesait sur notre famille grâce à notre travail. J’étais totalement en accord avec ses propos et engagé avec lui pour cela. Il alla voir un féticheur qui demanda de lui apporter le cœur d’un âne. Obtenir le cour d’un âne était difficile mais mon frère s’adressa à un délinquant de la place qui lui trouva un cœur d’âne. Le féticheur fit le nécessaire et remit à mon frère un gris-gris qu’une personne de moins de trente ans ne devait point consommer. A l’époque, je n’avais que 18 ans mais je n’hésitai pas une seule seconde à consommer la mixture. Arrivé en Côte d’Ivoire, l’esprit de l’âne nous animait. Nous commencions à travailler au champ tous les jours à 4 h00 du matin et ne descendions qu’à 22h 00. En six mois, nos employeurs nous devaient déjà un million six cent cinquante mille (1 650 000) francs.

En une année, nous étions à plus de deux (2) millions. A cette époque, avec deux millions, on pouvait acheter une parcelle à Ouagadougou et même la viabiliser. C’était sans compter la capacité de nuisance du démon de la malédiction. A la fin de la saison agricole, nos employeurs refusèrent de nous payer. Étant des fils authentiques de la Côte d’Ivoire, disaient-ils, nous pouvions si nous voulions, les traîner devant n’importe quelle autorité. Cela aurait été peine perdue, nous affirmaient-ils.

A force de persévérer, nous avons fini par obtenir le paiement d’un million. Lorsque nous perçûmes cette somme, une lettre du village nous informait du décès de notre grande tante maternelle et nous invitait à prendre en charge ses funérailles Écoutez mes frères et sœurs, l’esprit de malédiction est très subtil. Il nous manipula avec un esprit d’orgueil. Mon frère et moi décidâmes de financer les funérailles de sorte que l’on puisse dire au village que jamais, pareilles funérailles n’avaient eu lieu auparavant, tant les participants mangeraient et boiraient à satiété. Nous avons donc mis tout le million dans l’organisation de ces funérailles. Les invités sont venus de partout pour boire et manger à satiété.

Après cet évènement, je suis retourné en Côte d’Ivoire, mais seul cette fois-ci. Avec l’esprit qui m’animait (esprit travailleur de l’âne) je faisais le travail de deux à quatre personnes si bien que je n’avais pas besoin de coéquipiers dans la plantation. En l’espace de 6 mois, j’obtins huit cent mille (800 000) francs CFA. Je décidai de revenir au village pour quelques temps. A l’époque, il n’y avait pas d’autocars faisant le trajet Abidjan-Ouaga. Les voyages se faisaient uniquement par le train.

A l’approche de la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, deux voleurs entrèrent dans le train. Lorsque je les vis, je sus avec certitude que, poussés par l’esprit de malédiction, ils ne s’attaqueraient à personne d’autre que moi. En effet, ils se dirigèrent vers moi après avoir fait un aller-retour dans notre wagon. Je les observais qui venaient droit sur moi. J’avais mis la somme que je transportais à deux endroits : une partie dans mon caleçon et une autre dans une de mes chaussures. Arrivés à ma hauteur, l’un s’est mis devant moi et l’autre derrière avec un couteau pointé sur mon coup. Ils posèrent cette question : veux-tu la vie ou veux-tu l’argent ?

Sans hésiter, je répondis que je voulais la vie. En un clin d’œil je sortis tout l’argent que j’avais sur moi et le leur remis. Je suis rentré au village avec uniquement la cola que j’avais payé avant l’attaque des voleurs. C’est là l’œuvre de l’esprit de la malédiction. Je m’arrête là pour quelques moments. Si je devais vous dire à quel point l’esprit de la malédiction m’a avili, vous en seriez ébahis.

(…)

Ce texte est un extrait du livre « La Malédiction des Générations  » écrit par Prophète Emmanuel SAWADOGO.

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