Cette rencontre, j’aurai dû la classer en première position car elle a précédé presque toutes les autres rencontres ; mais je l’ai plutôt placée à la fin car autant elle peut sembler banale, autant elle a beaucoup compté dans mon parcours. Elle a très tôt marqué ma vie et m’a appris à la fois à me battre mais aussi à savoir que l’impossible n’existe pas. 

J’ai fait la connaissance de KADIMA BUKASA en septembre 1972 alors que j’étais en troisième année primaire à l’Athénée de la Gombe (KALINA à l’époque), mon école primaire. Légèrement plus petit de taille que moi, mais plus fort physiquement, et de teint clair, ce jeune homme venant d’une famille aisée de l’époque, habitait, la commune de la Gombe. 

Ce voisin que nous appelions « MADIKA SAKABU » (c’était son nom inversé et c’était l’habitude de l’époque) était un garçon spécial. Il aimait me taquiner en m’appelant « le villageois » ou « Lumumba Junior » à cause du fait que j’avais un problème de prononciation en relation avec mes origines tribales (Je suis de la tribu TETELA dans le Sankuru actuel). 

Il y a des mots que je n’arrivais pas à prononcer. Par exemple, je n’arrivais pas à dire « je comprends », je disais « Je copra ». Ça fait rire, n’est-ce pas ? Je n’arrivais pas à dire « Cinquante », je disais « Ciquate ». Je n’arrivai pas à dire « abandonner », je disais plutôt « Ambandonner » et j’en passe. Il semble que le Héros National LUMUMBA et tant d’autres originaires de la même tribu avaient aussi ce problème. 

Chaque fois que je me levais pour parler ou pour répondre à une question, il criait après moi : « Vive Lumumba Junior » et cela, m’humiliait, et m’abaissait aux yeux des autres. De septembre 1972 à début avril 1973, j’ai subi les assauts de « MADIKA SAKABU ». Et lors des vacances de pâques 1973, alors que les autres élèves s’amusaient, j’ai passé deux semaines seul à travailler ma diction. Ni football, ni bandes dessinées, ni jeux de cache-cache, qu’est-ce c’était dur, mais utile ! Car je me disais : « Je ne veux plus qu’il se moque encore de moi ». 

Je n’oublierai jamais qu’au retour des vacances, lorsque pour la première fois j’ai pris la parole et que mes défauts de prononciation ont commencé à être gommés, MADIKA SAKABU s’est écrié : « Alléluia ». Ce n’était que le début car plus tard encore, je me servirai de deux mois (juillet et Août 1973) pour continuer à travailler, et le problème disparaîtra complètement. 

J’ai perdu de vue cet ami en juillet 1975, car il a dû aller en mutation avec ses parents dans je ne sais quelle province du pays. Mais il est et il restera celui qui, par ses piques, quolibets et moqueries, m’a aidé à me remettre en question. Sans lui, peut-être que je serais encore « Lumumba Junior ». Sans lui, je trainerais encore ce défaut tribal que j’ai hérité, et peut-être même j’aurais transmis à mes filles. Merci MADIKA SAKABU ! 

Ce récit me fait souvent penser à deux choses : D’abord, à la conclusion de Joseph dans Genèse 50 : 20 

« Vous avez médité de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux », en suite au proverbe de Samson prononcé dans Juges 14 : 14 qui dit : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux ». 

De même que derrière les souffrances de Christ se cachait notre rédemption, les choses qui nous font souffrir aujourd’hui cachent peut-être des bénédictions. Je peux me souvenir comme si c’était hier de la honte et de la douleur (que dis-je de la très grande douleur) que je ressentais lorsque cet ami se moquait de moi. Je peux encore me souvenir de la hantise que j’avais lorsqu’il fallait me lever pour parler et de la répétition inconsciente que je faisais au-dedans de moi pour mieux prononcer. 

Je me souviens encore, comme si c’était hier, des rires anticipés de presque toute la classe qui précédaient mes ratés prévisibles et tristement célèbres. Mais je n’oublierai jamais la première fois où notre enseignant de la 3 ème année primaire qui connaissait mes gaffes légendaires m’a entendu dire non pas « je copra » mais « je comprends ». Je l’entends encore dire : « répète » et calmement, j’ai redit : « je comprends ». J’entends encore mon célèbre voisin, criant, les yeux fixés au ciel et les mains croisées comme s’il récitait une prière : « Alléluia ». Et mon professeur dit : « miracle, Dalo est guéri » 

Des fois sur le chemin de la vie, nous avons besoin de l’adversité pour produire le meilleur qui est en nous mais qui est caché. Des fois encore, il faut des « MADIKA SAKABU » pour nous aider à nous surpasser et à aller puiser dans nos réserves ignorées. Cela me rappelle Israël en Egypte lorsque le livre d’Exode 1 : 12 dit : 

« Plus on l’accablait, plus il multipliait et s’accroissait… ». La version T.O.B dit : « Plus on voulait le réduire, plus il se multipliait et plus il éclatait… ».  

Ce texte est un extrait du livre  » L’impact Des Rencontres Dans La Destinée  » écrit par Roland DALO.
Nous vous invitons à lire l’article suivant “ Samson et Delila “.

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